lundi 13 mai 2019

Marie, médiatrice et co-rédemptrice... avec toute l'Eglise! - Dialogue avec les lecteurs (1)

Suite à la publication de mon article sur "Marie, médiatrice et co-rédemptrice... avec toute l'Eglise!", des lecteurs réagissent.

Commentaire n°1 posté par Hervé

Cher Matthieu,

La question de la place de Marie est l'objet de discussions depuis longtemps. Si je suis d'accord pour dire que la Sainte Vierge est associée au mystère du Salut, qu'elle  a une place unique dans l'humanité car elle a accepté de donner la vie au Christ, je trouve que l'expression de "co-rédemptrice" est ambigüe. Celle-ci pourrait laisser croire que Marie et Jésus sont au même niveau, alors que le Christ seul sauve les hommes. Donc nous pouvons légitimement accorder une grande place à Marie, mais le terme de "co-rédemptrice" n'a pas fait l'objet d'un dogme par l'Eglise Catholique, contrairement à celui d'Immaculée Conception. Je te cite un extrait du Concile Vatican II, montrant que notre amour pour la Vierge ne remplace pas le rôle unique du Seigneur : "La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les traits d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ… Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur un même pied que le Verbe incarné et rédempteur"  (in Lumen Gentium, n° 60 à 62).

Commentaire n°2 posté par le Pasteur Eric

"Mais, lui répondis-je un jour : n’as-tu pas l’impression, lorsque tu annonces Jésus-Christ comme unique Médiateur entre Dieu et les hommes, de te comporter… en médiateur entre le monde encore plongé dans les ténèbres du péché, et son unique Sauveur ?"
Là Matthieu, il me semble qu'il y ait une erreur de vocabulaire. En langage théologique le médiateur n'est pas celui qui annonce ou qui témoigne mais celui qui devient moyen de Salut... Christ seul médiateur, cela signifie que Christ est le seul moyen du salut. Par mon annonce, je suis un témoin (de même que Marie l'a été ou que l'Eglise l'est) mais certainement pas un moyen de salut... Bref, je rejoins complètement Hervé : utiliser des termes tels que médiatrice ou, comme vous dites, pire encore co-rédemptrice me semble terriblement dangereux pour l'Eglise Catholique Romaine. En effet, si Christ n'est plus le seul rédempteur et moyen de salut, qu'est ce que le christianisme ?

Réponse au Commentaire n°2

Cher Pasteur,

1°) Hervé ne conteste pas l’expression de "médiatrice", mais celui de "co-rédemptrice".

2°) La citation que Hervé nous rapporte de la constitution Lumen Gentium (Concile Vatican II) permet justement d’écarter toute équivoque quant à la manière qu’a l’Eglise catholique de comprendre l’expression "médiatrice" au sujet de Marie. Relisez-le bien.

Nous sommes tous d’accord pour affirmer qu’il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, Notre Seigneur. Nous le savons par la parole de Dieu : 1 Timothée 2. 5.

Jésus-Christ est le médiateur par excellence et par nature, parce qu’il uni parfaitement et réconcilie en Lui la nature humaine et la nature divine - parce qu’Il est vraiment homme et vraiment Dieu.

Mais si Jésus-Christ est le seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes par nature, il nous est donné à nous aussi d’être médiateurs… par grâce.

Dieu nous fait ainsi le cadeau inouï de nous associer pleinement à son projet de Salut du monde, et d’y collaborer activement et… réellement.

Autrement dit, grâce à l’unique médiation du Christ, nous pouvons devenir nous aussi pour nos frères cause de leur salut, en ce sens qu’ils ne pourront être sauvés sans notre témoignage et notre annonce de l’Evangile. La foi naît d’une parole entendue, dit Saint Paul. Et si cette parole ne sort pas de notre bouche, eh bien les hommes ne pourront connaître leur Sauveur et ils ne pourront être sauvés.

C’est en ce sens que nous sommes réellement (nous chrétiens, l’Eglise, et la Vierge Marie à un titre suréminent) cause de salut pour le monde. Non pas certes cause première - qui est Jésus-Christ. Mais cause seconde… et véritable, quoique seconde.

Cela en nous en dit beaucoup, je crois, sur la grandeur de notre vocation chrétienne… et sur notre responsabilité de baptisés !

Et puis : si les chrétiens ne sont pas appelés à devenir d’autres Christs, qu’est-ce alors que le christianisme ?

Commentaire n°3 posté par le Pasteur Eric 

J'aurais tendance à vous répondre que le christianisme c'est que précisément les chrétiens ne sont pas appelés à être de nouveaux Christ (ou alors le terme est uniquement à recevoir comme signifiant "oint"). En effet ce que Jésus a accomplis pour notre salut, c'est pour que nous n'ayons pas besoin de le refaire...

Mais même en restant dans votre logique, j'ai un peu de mal à comprendre. Nous sommes d'accord, Marie n'est qu'un témoins parmi d'autres. Mais alors pourquoi lui donner tant d'importance ? Pourquoi ce titre "suréminent" ?

Réponse au Commentaire n°3

Parce ce qu'elle est la seule créature à avoir été la mère de Jésus, la seule par conséquent dont on peut dire en toute vérité (ce qui est fou, quand on y pense...) qu'elle est Mère de Dieu.

Parce qu'elle a été associée intimement aux mystères de l'incarnation et de la rédemption comme nulle autre créature, ainsi qu'en témoigne l'Evangile.

Parce qu'enfin, élevée dans la gloire du ciel en son corps et en son âme (privilège qu'aucune autre créature au monde n'a reçu de Dieu!), elle intercède pour nous, nous obtient de nombreuses grâces, nous enseigne et nous console, nous conduit vers son Fils, à travers ses nombreuses manifestations et apparitions. Elle est la Vivante, la nouvelle Eve, qui donne naissance, en union avec son Fils qui est le Nouvel Adam, à l'humanité nouvelle. Elle est véritablement à ce titre Mère de l'Eglise.

Quoi d'étonnant d'ailleurs à ce que celle que Dieu a choisie pour donner naissance à son Fils Jésus, participe également de manière privilégiée à l'enfantement de toute l'Eglise qui est son Corps?

Commentaire n°4 posté par le Pasteur Eric

Le problème Matthieu c'est que précisément l'Evangile ne témoigne  pas aussi clairement de cela que vous ne semblez le croire. Même l'annonciation telle que la raconte Luc en dit finalement assez peu sur Marie sur son vécu et son ressenti (certains prophètes de l'Ancien Testament font une expérience encore plus mystique qu'elle : Moïse voit Dieu, Esaïe contemple sa gloire, Elie est enlevé dans un char de feu...) Bref, je ne dis pas que l'évangile vous contredit sur ce point, en revanche vous y voyez des choses qui n'y sont certainement pas explicites. Quant à l'assomption, là nous sommes complètement en dehors des textes, une fois de plus...

Réponse au Commentaire n°4

L'Evangile me révèle que Marie a vécu une intimité avec le Fils de Dieu qu'aucune autre créature n'a eu l'honneur de partager avec elle : elle a porté Dieu dans sa chair (vous rendez-vous compte?) ; elle la cajolé et embrassé comme aucune autre créature n'a pu le faire ; elle l'a nourri, éduqué, accompagné dans sa croissance d'homme, partagé avec lui des moments de joie (les noces de Cana) et de deuil (sans doute la mort de Joseph). Elle l'a enfin accompagné jusqu'à la Croix, lorsque tous ses disciples ont fui. Elle est sans doute le premier et dernier visage humain sur lequel Jésus a posé son regard durant le temps de sa vie mortelle.

Quelle faveur, quel privilège, quelle grâce ont été ainsi accordés par Dieu à cette jeune femme de Nazareth, vous ne trouvez pas?

1 commentaire:

  1. c'est amusant de relire ce vieil article de Totus Tuus. Tu avais déjà la même position, allant au-delà de ce que dit l'Eglise.. Aucun Papa n'a définit dans une encyclique la définition théologique de "la vierge corédemptrice". Mais bon, je ne vais pas relancer une dispute. En UDP !

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