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jeudi 24 janvier 2019

Le professeur et l'aumônier

Voici un article de témoignage publié il y a quelques années sur Totus Tuus, que je réédite pour vous après l'avoir relu et légèrement retouché.

Ainsi que je l’ai déjà écris, j’ai toujours cru en l’existence de Dieu.

Pour autant, je n’ai pas eu d’éducation religieuse par mes parents. Mon père était résolument athée, considérant toutes croyances comme autant de "superstitions". Ma mère était surtout soucieuse de mon éducation morale. Je lui dois beaucoup d’ailleurs ; sans elle, je serais certainement devenu un délinquant, à l’âge de l’adolescence en particulier où j’aurais vraiment pu basculer. Malgré cela : pas d’éducation spirituelle, pas d’éveil à la vie de prière, pas de discussions sur Dieu, sur la vie de Jésus ou sur l’Eglise, pas de pieuses lectures comme tant de familles chrétiennes où l’on se nourrit de la Parole de Dieu et de la vie des Saints.

Je n’en veux à personne, ni à mon défunt père à qui je dois d’avoir goûté la tendresse du Père des Cieux ; ni à ma chère mère qui a fortement contribué à ma construction humaine. Et d’autant moins que le Seigneur a finalement tout arrangé... :)

Je dois tout de même à mes parents de m’avoir inscrit dans une école privée catholique à Amiens où j’allais pour la première fois entendre parler de Jésus.

Les frères qui nous enseignaient étaient des gens tout à fait ordinaires. Habillés en civil, ils ne se distinguaient pas du reste du monde. Pour le petit garçon de 8 ans que j’étais, rien ne "détonnait" dans leur comportement. Je ne me suis même jamais posé la question de savoir pourquoi on les appelait "frères". Non, on les appelait comme ça, voilà tout. Certainement même que le mot "frère" était synonyme de "professeur". Certains étaient forts gentils avec moi, d’autres forts sévères. Tout comme les autres, qui n’étaient pas "frères". Bref, ce ne sont pas eux qui m’ont parlé de Jésus.

Les cours de catéchisme étaient vraiment formidables. C’était le seul moment où l’on pouvait chahuter dans la classe et s’envoyer des avions en papier sans se faire engueuler. Nous savions que la dame catéchiste "tendrait l’autre joue", et que la colère est un vilain péché. Pas de risque donc qu'elle s'emporte. Bref, ce n’est pas là que j’ai entendu parler de Jésus.

J’ai tellement peu entendu parler de Jésus dans cette école catholique que j’ai refusé de faire ma première communion quand l’occasion se présenta. J’étais alors très "idéaliste", et je voyais bien comment mes camarades vivaient la préparation de cet événement : les uns parlait avec des scintillements dans les yeux… de la jolie montre qui leur serait offerte, les autres du jeu électronique tant rêvé qui leur était promis ce jour-là. En mon for intérieur, j’étais révolté ; je ne me reconnaissais pas dans cette mascarade, je ne voulais pas y participer. Aussi, j’ai dit NON.

Parce que personne ne m’avait vraiment parlé de Jésus.

Personne… Sauf peut-être ce professeur de CM1, un jeune laïc de 35 ans, passionné de Jésus, qui nous en a parlé deux ou trois fois dans l’année, mais d’une manière telle que je l’ai jamais oublié.

Je me souviens en particulier d’un temps de réflexion sur le Saint Suaire de Turin, et d’un autre sur la crucifixion au cours duquel ce professeur nous expliquait la mort à petit feu et par asphyxie du condamné : "dans la position du crucifié, les muscles des épaules, pectoraux et intercostaux soutiennent le corps, et se fatiguent rapidement. Or, ces muscles sont ceux qui assurent la respiration. Pour les soulager, le condamné se soulève sur ses pieds encloués, créant une nouvelle douleur. Les muscles des jambes se fatiguent à leur tour et le corps retombe. Cette alternance entre blocage et détente respiratoire finit par créer des crampes conduisant à l'asphyxie. Pour accélérer la mort, les jambes du condamné sont brisées à la barre de fer (crurifragium). Le condamné ne peut plus alors se redresser et s'épuise rapidement." (Source : Wikipedia)

A une autre occasion (sans doute autour de Pâques), il nous projeta en salle audio-visuelle le film de Franco Zeffirelli : Jésus de Nazareth. De ce premier visionnage, j’ai été très marqué par la scène de la Croix sur laquelle Jésus, l’Innocent par excellence, meure ignominieusement dans la solitude et l’abandon. Déjà, la Croix de Jésus s’imprimait dans mon âme. Une grande affection naissait alors en moi pour cet homme qui avait tant souffert et tant aimé - jusqu’à ses bourreaux sur qui il implorait la Miséricorde du Père : "Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font"…

(Je ne percevais pas à cette époque que Jésus il fût Dieu et j'ignorais qu’il fût ressuscité le troisième jour après sa mort – je devais penser à autre chose quand on m’en parla en cours de cathé... Pour moi, Jésus était un modèle, une référence, un "sommet de l’humanité" comme disait Gandhi. Mais il n’était qu’une grande figure de l’histoire, à l’image d’un Général de Gaulle, d’un Napoléon ou d’un Martin Luther King. C’est à l’âge de 25 ans que j’allais découvrir la vérité sur son identité et sur son œuvre – en une rencontre fulgurante avec lui, le Vivant.)

Ce jeune professeur laïc de CM1 ne saura sans doute jamais l’importance qu’il a eue dans ma vie de foi. Ce n’est même véritablement que maintenant que j’en prends moi-même conscience, rétrospectivement.

Un autre homme aura sans doute joué un rôle essentiel pour moi à cette époque : l’aumônier de l’Ecole. Là, c’était surprenant. Autant les "frères" étaient en fait des professeurs qui de français ou de latin, qui de mathématiques…, autant ce jeune abbé n’enseignait rien. Son seul travail, c’était de nous parler de belles choses. De l’amour, du respect que l’on doit aux autres, du pardon, de la paix, de la joie… Sa matière à lui, c’était la vie. C’était bien agréable de l’écouter. Il était d’une gentillesse exquise, d’une très grande douceur. Je ne me souviens pas l’avoir entendu parlé explicitement de Jésus (même s’il a dû le faire !), mais je me souviens d'avoir été impressionné par ce qu’il était, tout simplement : un homme chargé de parler de Dieu, de Jésus et des belles choses de la vie... à plein temps! J’allais apprendre quelques années plus tard qu’il s’agissait d’un prêtre. Oui (et là, je m’adresse aux prêtres qui peut-être me lisent), son témoignage au Père aumônier, le seul qui m’ait vraiment touché, ce n’est pas une parole de sa bouche, ce n’est pas un sermon enflammé, ce n’est pas même un beau geste qui m’aurait marqué : c’est le fait même qu’il soit prêtre. Ce faisant, il était pour moi le témoin de quelque chose de grand et de beau, de suffisamment grand et beau en tout cas pour qu’on lui consacre toute sa vie.

A la réflexion, j’ai sans doute refusé de faire ma première communion non parce qu’on ne m’avait pas parlé de Jésus, mais parce que j’avais de Jésus une si haute considération, grâce à l’enseignement de mon professeur de CM1 et l’exemple de ce Père aumônier, que je ne Le retrouvais pas dans les préoccupations trop matérielles de mes camarades de classe.

Je quittais mon Ecole catholique quelques années plus tard pour entrer au lycée. Je n’avais pas alors la foi, mais le Seigneur m’avait parlé à travers ces deux grands témoins. Le bon grain était semé.

dimanche 13 janvier 2019

Je pense... donc Dieu EST

Article initialement publié sur Totus Tuus le 15 janvier 2006, revu et corrigé pour ce blog.

J’ai toujours cru en Dieu. Je crois que je peux dire cela. J’ai toujours été, dès le plus jeune âge, saisi par le fait d’être, d’exister. Pouvoir respirer, voir, sentir, penser… Pouvoir dire « JE »… Cela m’a toujours fasciné, je ne m’y suis jamais habitué. Mon existence a toujours été un sujet d’étonnement, de stupeur. Oui, aussi fou que cela puisse paraître, je suis, j’existe, je vis… MOI…

"Nous entrons dans la vie comme si elle nous était due, écrit le Père Stan Rougier dans son autobiographie spirituelle, alors que tout est miracle ! Jamais je n’ai pu considérer mon existence comme naturelle (…). Ce que je ressens à la fois de plus étrange et de plus personnel en moi, c’est l’impossibilité où je suis de me familiariser avec mon existence. Je ne m’y habitue pas." 

Cela m’a toujours impressionné, car il s’en serait fallu de peu – c’est un euphémisme – pour que je n’existe pas... Songez… Quelle pouvait être, à l’aube des temps, la probabilité que je vienne un jour au monde, MOI ?…

Pour que je naisse, il m’a fallu remporter une première compétition contre des centaines de millions de concurrents. C’était bien sûr perdu d’avance… Qui voudrait tenter un concours administratif en sachant que des CENTAINES DE MILLIONS de candidats postulent… pour UN seul poste disponible ? (Bon, il est vrai que ce n’était pas tout-à-fait moi : le spermatozoïde, ce n’est pas MOI. Il n’empêche : je suis le grand bénéficiaire de cette première grande lutte pour la vie dont l’issue était extrêmement improbable : les spermatozoïdes sont près 250 millions à se lancer dans la course à l'ovule ! Et c’est MOI finalement qui ais tiré le gros lot. Si l’un quelconque des 250 millions autres spermatozoïdes en lice avait pris place au sein de l’ovule de ma maman, JAMAIS je n’aurais vu le jour...)

Et je prolongeais la réflexion : pour que mes "concurrents" existent et que le "concours" puisse se dérouler, il fallait que mon père et ma mère viennent eux-mêmes au monde, et qu’ils remportent chacun leur propre couronne contre des CENTAINES DE MILLIONS d’autres candidats, et ainsi de suite pour mes grands-parents… jusqu’au bout de la chaîne.

Et puis… si mon père et ma mère ne s’étaient pas rencontrés ?...

Pour ne prendre que les deux derniers siècles, "il aura fallu pas moins de deux cent cinquante six (256 !) ancêtres pour que chacun de nous existe ! Enlève un seul de ces maillons, fais manquer le rendez-vous entre ton trisaïeul et sa compagne, et tu n’existes pas. Un autre existera, ça ne sera pas toi."  (Stan Rougier)

Tout cela me donnait le vertige. Dire qu’il suffisait d’un tout petit "grain de sable" pour que je ne vienne pas à l’existence. Par exemple, lorsque j’entends mon grand-père me narrer ses souvenirs de guerre en Indochine, je me dis qu’il aurait pu mourir quinze fois. Et je ne serais pas né... S’il avait été tué, comme tant de jeunes soldats français de son âge, ou bien s’il n’avait pas rencontré ma grand-mère au hasard d’une expédition,… je ne serai pas né.

"Chacun de nous doit la vie à un nombre phénoménal d’individus qui se sont cramponnés à la planète contre vents et marées, glaces et bêtes sauvages, hordes voisines et virus… A détourner quiconque de toute pensée de suicide ! Notre vie a coûté trop cher à trop de monde !" (Stan Rougier)

Oui, c’est fou : je vis, je respire, j’existe. Et je ne m’y habitue pas. C’est tellement beau, tellement… improbable. Comment croire que cela puisse être le simple fruit du hasard ?

Tout petit déjà, j’en avais la conviction intime – non pas la preuve, bien sûr, mais comme une intuition très profonde et indiscutable : j’étais habité par cette certitude que je devais mon existence non au hasard, mais à Quelqu’un – Quelqu’un de beaucoup plus grand que mes parents. MA vie, si précieuse, si unique, si improbable… ne pouvait être accidentelle. Je ne pouvais m’imaginer être le fruit d’une succession ininterrompue d’"aléas" et de coïncidences trop nombreuses et trop heureuses... Cela faisait trop de hasards.

Certes, le vainqueur du loto peut lui aussi s'étonner d'avoir remporté le gros lot. Pourtant il faut bien un gagnant. Il faut bien que le hasard "tombe" sur quelqu'un - puisque c'est le jeu. La différence, c'est que moi, j'ai remporté le gros lot d'un jeu auquel je n'ai pas participé. Si demain vous gagniez au loto sans avoir mis un billet, vous vous diriez sans doute que quelqu'un l'y a mis pour vous. Cela vous semblerait en tout cas l'idée la plus raisonnable. 

L’existence de Dieu s’est donc toujours imposée pour moi comme une évidence. Et même si un peu plus grand, j’ai été confronté aux grandes questions de l’existence, même si ma "croyance" allait être bousculée par les interrogations et le doute, rien n’y faisait : je croyais en Dieu, c’était profondément ancré en moi, c’était indéracinable. Je croyais en Dieu parce que je croyais en MOI, en ma propre existence, et que celle-ci attestait par elle-même l’existence de Dieu. La meilleure preuve de l’existence de Dieu pour moi, c’était moi-même, ma vie, mon être… Dieu ne pouvait pas ne pas être, puisque moi-même j’étais.

Mon existence était pour moi un fait tellement prodigieux, tellement "miraculeux", tellement "trop-beau-pour-être-vrai", qu’elle ne pouvait pas ne pas avoir été voulue. Le fait que je puisse exister, MOI, me faisait pressentir que j’avais été désiré, MOI, par Quelqu’un, un TU qui me préexistait et sans lequel je n’aurais pu voir le jour puisque je ne me suis pas donné l’être moi-même. Mon existence elle-même me révélait en filigrane un Amour, un Choix, une Election. "Nous sommes les élus d’un choix qui nous dépasse", écrit Stan Rougier, un choix qui ne se limite pas à la seule décision de nos parents de nous concevoir.

"Nos parents ne nous ont pas inventés. Ils le savent mieux que personne. Ils ont transmis le patrimoine génétique d’une lignée d’ancêtres, c’est déjà un cadeau fabuleux, mais ils ne nous ont pas inventés. Ils ont choisi d’avoir un enfant, mais ils ne nous ont pas choisis, nous. Ils ne sont pas nos créateurs, mais nos pro-créateurs… C’est bien grâce à l’employé des postes qu’un message nous parvient, mais ce n’est pas lui qui a écrit le message."  (Stan Rougier)

J’existais, et ma vie attestait l’existence d’un AUTRE que MOI à qui je devais d'être tout ce que je suis. Mon être même me révélait un Amour qui me posait dans l'existence et sans lequel je n'aurais pu être. Ma vie n'était donc pas absurde. Elle avait une origine. Elle était le fruit d'une Décision consciente, d'une Volonté délibérée, d'un Désir particulier. Elle avait un sens. Et même si je ne voyais pas clairement lequel, je savais que Quelqu'un quelque part savait, et qu'il en possédait, Lui, la clef secrète.

lundi 31 décembre 2018

2019, le temps des résolutions

Cet article est la reprise d'un texte publié sur Totus Tuus le 1er janvier 2006 - je l'ai revu, corrigé, actualisé et complété pour vous.

L'année 2018 s'achève en cette nuit, tandis qu'une nouvelle année commence.

Les fins d'années sont toujours propices aux bilans, aux rétrospectives et aux divers souvenirs, un peu nostalgiques parfois. A l'image de Marie que nous célébrons dans la liturgie du 1er janvier en tant que Mère de Dieu, nous gardons tous les événements de l'année écoulée et les méditons dans notre coeur.

Mais les regards et les pensées ne sont pas exclusivement nostalgiques et tournés vers le passé en cette nuit de la Saint Sylvestre, ils sont aussi résolument tournés vers l'avenir. Un avenir que l'on envisage de manière optimiste et que l'on célèbre avec force cotillons et champagne.

Les débuts d'années civiles peuvent être pour certains le temps d'une remise en question et de grandes résolutions ; pour beaucoup, l'occasion de repartir d'un nouveau pied, de prendre un bon pli par une décision concrète, de saisir l'occasion du changement d'année pour modifier quelque chose dans leur comportement, qu'il s'agisse d'arrêter de fumer, de faire un régime ou de pratiquer un sport.

Il y a une grande résolution, pour ma part, qui a profondément transformée mon existence. C'était à la fin de l'année 1997. J'avais décidé pour la nouvelle année 1998 de commencer à me mettre sérieusement à la prière. J'avais lu quelque part qu'un "bon" chrétien doit prier chaque jour, le matin et le soir, un temps suffisamment conséquent. Comme j'étais chrétien, au moins par culture et tradition familiale et que je voulais devenir "bon", je me suis dit : "Tiens, pourquoi pas?" Au pire me disais-je : à défaut de me faire du bien, la prière ne pourra pas me faire de mal. Et c'est ainsi que j'ai commencé à prendre du temps pour Dieu. Je priais le matin et le soir, une demi-heure à chaque fois, et tâchais de demeurer fidèle à ce rendez-vous quotidien.

Au départ, je ne savais pas trop comment m'y prendre. J'essayais d'imaginer que le Seigneur me regardait avec amour pendant mon temps d'oraison, et puis je parlais, je parlais beaucoup... Je disais au Seigneur tout ce que j'avais sur le coeur, je lui partageais mes joies, mes peines... Je le remerciais pour le don de la vie, de la foi, de la prière,... pour ma famille... pour cette résolution que je parvenais à tenir... Je lui demandais pardon pour mes nombreux péchés... et je lui demandais son secours et son aide dans ma vie quotidienne (le contexte était alors difficile : j'étais au chômage depuis plusieurs mois).

J'avais parfois l'impression de parler à mon mur et d'être un peu ridicule. Je ne pouvais m'empêcher de me dire en moi-même : "Si Untel me voyait... il me prendrait pour un  fou!"

Un événement majeur s'est produit alors. La Parole de Dieu s'est "invitée" dans ma prière. A travers un calendrier distribué par des protestants évangéliques, je découvrais chaque jour un ou deux versets de la Bible avec une courte méditation qui me permettait de saisir l'étonnante actualité de la Parole de Dieu. Cette lecture quotidienne me fit entrer dans un véritable dialogue avec Dieu. Il me parlait dans sa Parole, et moi je Lui répondais dans ma prière. Je découvrais plus tard les revues Magnificat et Prions en Eglise, et la richesse de la liturgie catholique qui offre chaque jour à la méditation des fidèles un texte de l'Ancien Testament, un psaume et un passage de l'Evangile. J'étais impressionné à l'idée que ces textes soient lus le même jour par des millions de croyants à travers le monde. Oui, vraiment, je réalisais que Dieu parle encore AUJOURD'HUI à son peuple, et j'étais émerveillé à l'idée que les catholiques du monde entier, sur quelque continent qu'ils se trouvent, reçoivent chaque jour la même nourriture de la part du Seigneur de l'Univers. Et dire que certains pensent que Dieu est muet.

Et puis le mystère de la rencontre avec le Seigneur s'est produit. Cela est difficile à expliquer avec des mots mais mon coeur a soudain saisi la présence de Dieu. Il était là, tout simplement. Présent dans sa Parole... présent à mon coeur, à mon âme, à ma vie... J'ai fait une expérience comparable à celle de ces gardes juifs que l'on avait envoyés arrêter Jésus et qui sont revenus bouleversés de leur expédition après avoir entendu son enseignement. A ceux qui leur demandait "Pourquoi ne l'avez-vous pas ramené ?" les gardes répondirent : "Jamais un homme n'a parlé comme cet homme !"  (Jn 7. 46).

A l'instar des gardes de l'Evangile, jamais je n'avais entendu ailleurs une parole d'une telle profondeur, d'une telle vérité sur l'homme - et d'une telle douceur en même temps, d'une telle miséricorde. J'avais lu jusqu'alors de nombreux ouvrages, mais aucun ne me paraissait plus pénétrant, plus juste, plus éclairant sur la nature humaine et le mystère de la vie que la Bible. J'y trouvais aussi la clef de ma vie et de la vie du monde : l'Amour de Dieu révélé en son Fils Jésus-Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes.

Une parole en particulier me labourait le coeur et éclairait mon intelligence d'une vive clarté : "Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour condamner le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé." (Jn 3. 16-17) Et je voyais la concrétisation de cette parole dans la parabole du fils prodigue, dans celle du pharisien et du publicain... dans l'attitude de Jésus envers la femme adultère ou envers la prostituée chez Simon le pharisien... J'entendais le Seigneur dire dans le récit de la vocation de mon saint patron : "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : c'est la miséricorde que je veux, non les sacrifices. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs" (Mt 9. 12-13).

Je découvrais ainsi le vrai visage de Dieu, "Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de vérité" (Ps 85. 15 ; 102. 8), à des années-lumières de cette représentation du dieu justicier et vengeur, du dieu qui gronde et qui punit, chargeant la conscience humaine du poids d'une culpabilité aussi insupportable qu'aliénante, du dieu ennemi des plaisirs (donc de la vie) et de la liberté - représentation que j'avais au fond de moi et qui m'empêchait de L'aimer vraiment ou de juger ma vie "à la hauteur" de Ses exigences. J'étais irrémédiablement perdu pour un tel dieu - et cela me rendait inconsciemment malheureux (je m'en rends compte aujourd'hui) - car j'étais seul, étranger à ce monde trop médiocre pour me combler, étranger au monde de Dieu trop parfait pour m'attirer. J'étais alors dans la situation décrite par saint Paul : "Vous n’aviez pas le Christ, vous n’aviez pas droit de cité avec Israël, vous étiez étrangers aux alliances et à la promesse, vous n’aviez pas d’espérance et, dans le monde, vous étiez sans Dieu." (Ep. 2. 12)

La rencontre avec le Seigneur en ce début d'année 1998 fut donc un basculement de ma vie, un passage des ténèbres à la lumière. Je découvrais que Dieu est merveilleux, adorable - au sens premier du terme - bon, miséricordieux, patient ; qu'il nous regarde avec un regard bienveillant, toujours, quels que soient nos chemins de vie, nos fautes, nos errances ; qu'il est proche de nous, délicat, respectueux, à l'écoute des tous les mouvements intérieurs de notre âme (parce qu'au fond, tous les hommes prient - même s'ils ne s'adonnent pas à l'exercice de la prière) ; qu'il nous propose sans cesse son aide, ses consolations, ses grâces ; qu'il nous éclaire et nous guide. Ainsi, je découvrais que je n'étais pas seul dans l'existence, mais que mystérieusement, réellement, quelqu'un habitait ma vie - quelqu'un de vivant, de bienveillant - comme un père, qui aime ses enfants non parce qu'ils sont sages, mais parce qu'ils sont ses enfants ; ou un ami, toujours présent à nos côtés dans les bons moments comme dans les coups durs de l'existence.

Cette expérience de la rencontre avec Dieu, je l'ai profondément vécu comme une expérience de vérité - non comme un phénomène purement subjectif. J'éprouvais le même sentiment qu'Edith Stein lorsqu'elle trouva dans la bibliothèque de son hôte l'autobiographie de Sainte Thérèse d'Avila. Elle la dévora toute la nuit. "Quand je refermai le livre, je me dis : ceci est la vérité".

Lorsque je repense aujourd'hui à cette rencontre personnelle avec le Dieu Vivant et Vrai qui allait entraîner quelques mois plus tard ma conversion, deux paroles de Jésus dans l'Evangile me reviennent au coeur.
La première, adressée à Pilate : "Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix." (Jn 18. 37).
Et ce passage de l'Evangile du Bon Pasteur : "Quand [le berger] a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus (...). Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent". (Jn 10. 4-5. 14)
Oui, dans la fréquentation quotidienne de la Parole de Dieu et dans la prière que j'avais résolu d'entreprendre matin et soir en cette année 1998, mon âme a mystérieusement entendu  résonner la voix du Bon Pasteur. Elle l'a immédiatement reconnu. Il n'y avait alors pas de doute, c'était Lui...

Voilà ce qu'une simple résolution de début d'année a pu provoquer dans ma vie. Voilà ce que réalise la prière dans l'âme que celui qui la pratique.

La prière peut profondément changer notre vie, car elle est ouverture du coeur à Dieu qui peut alors agir dans l'âme qui s'offre à Lui - comme une lumière entre dans une pièce lorsqu'on ouvre les volets.

Auras-tu toi aussi, ami lecteur, le désir de prendre cette résolution de la prière pour cette nouvelle année 2019? Je t'y invite avec force. Jamais tu n'auras à le regretter. Et si tu as déjà pris une résolution de faire du sport et que tu me dis que tu ne pourras pas tenir les deux, alors saint Paul nous rappelle que "l’exercice physique n’a qu’une utilité partielle, mais la religion concerne tout, car elle est promesse de vie, de vie présente et de vie future." (1 Tm 4. 8) 😊