jeudi 7 mars 2019

"Nous sommes tous des hérétiques"

"Pratiquement, nous sommes tous des hérétiques : l'erreur est humaine. Nous ne pouvons pas éviter de nous tromper, nous déraillons tout le temps. Le problème n'est pas d'éviter de dérailler, mais d'être toujours assez souples pour que Dieu puisse nous remettre sur les rails. Seuls les Saints parviennent à une telle souplesse : ils sont les seuls à expulser en permanence toute hérésie de leur coeur.

"Nous ne parvenons pas à garder l'équilibre de la vraie vie, comme des enfants qui apprennent à marcher et qui tombent toujours. Ce n'est pas grave, encore une fois, tant que nous accepterons d'être remis en selle, mais si nous nous entêtons, c'est la mort : l'endurcissement est diabolique..."

Père Marie-Dominique Molinié,
in Le courage d'avoir peur
Editions du Cerf 2003
pages 8 et 9

mardi 5 mars 2019

Faut-il être théologien pour être catholique? - Dialogue avec un lecteur

Suite à la publication de mon article "Faut-il être théologien pour être catholique?", un lecteur réagit.

Commentaire n°1 posté par Hervé

Bonjour Matthieu,

Je suis en grande partie d'accord avec toi : il faut se former au niveau religieux pour "rendre raison de notre Foi". Mais tout le monde ne peut pas devenir théologien. Comment les personnes qui ont des capacités intellectuelles limitées (faible niveau scolaire, handicap...) quand elles ne peuvent pas effectuer le travail dont tu parles ?? Un certain nombre de personnes ne peuvent recevoir comme formation que le catéchisme, les homélies dominicales sans être en mesure d'étudier les livres de théologiens. Cela ne les rend pas moins catholiques pour autant.

Le problème vient plutôt du fait que des personnes très instruites dans les "sciences profanes" refusent souvent d'approfondir leur foi, se contentant de souvenirs datant de leur enfance. Et puis il y a aussi des catholiques de bonne volonté qui ont du mal à dégager du temps pour mieux comprendre l'Enseignement de l'Eglise, d'autres qui n'ont pas d'accès aux livres ou à Internet (je pense à nos frères vivant dans des pays défavorisés).

Pour les jeunes parisiens, c'est vrai que nous n'avons pas beaucoup d'excuses : les paroisses sont actives et proposent plein de formations (de même que la Catho, le Collège des Bernardins...), il y a diverses librairies et bibliothèques, nous avons de nombreuses possibilités pour avancer dans notre connaissance de la Foi chrétienne, quel que soit notre niveau initial.

Donc je suis d'accord pour encourager la formation continue des laïcs, mais il me semble un peu dur d'exiger que tous deviennent "théologiens" obligatoirement. Chacun fait selon ses capacités, même s'il ne faut pas oublier que celui qui a reçu des talents doit les faire fructifier...

Réponse au Commentaire n°1

Ce que je voulais exprimer, cher Hervé, c'est que tout catholique est théologien par nature. Il est impensable d'être catholique sans croire par exemple à la Trinité ou à la divinité de Jésus ; que l'on soit européen, africain, jeune, vieux, handicapé ou valide, très instruit ou de faible niveau scolaire.

Il y a certes toujours des cas limites qu'on peut évoquer, et qui contredisent la règle. On appelle ça des exceptions. Mais les exceptions ne remettent jamais en cause la règle elle-même - un adage populaire dit même avec ironie que l'exception confirme la règle! On ne raisonne jamais en théologie ou en morale à partir des exceptions (sinon, on ne pourrait jamais plus raisonner).

Cela dit, dans les cas que tu cites, je nuancerais. Je connais des handicapés qui ont une vive conscience par exemple de la présence réelle de Jésus au tabernacle. Par là-même, ils manifestent une intelligence de la foi bien supérieure à la moyenne. Il est des personnes handicapées qui sont certainement bien plus favorisées des lumières divines que nombre de théologiens de profession. Seuls les saints d'ailleurs sont les véritables théologiens. Et la sainteté, comme tu le sais, n'est pas réservée à une élite intellectuelle (fort heureusement...). Si la théologie s'efforce de penser les vérités de la foi, la sainteté, elle, "donne accès à la réalité dont parle la théologie", comme le disait en une formule admirable le cardinal Schönborn aux prêtres rassemblés en retraite à Ars, le 29 septembre 2009. Le Cardinal et immense théologien Hans-Urs Von Balthasar parlait, lui, de la "dogmatique expérimentale des Saints"...

Maintenant, pour revenir à ton propos, je suis d'accord avec toi : le principe de base demeure toujours le "à chacun selon ses capacités". "Même s'il ne faut pas oublier que celui qui a reçu des talents doit les faire fructifier..." ainsi que tu l'écris toi-même si bien.

dimanche 3 mars 2019

Faut-il être théologien pour être catholique?

Nous avons réfléchi dernièrement sur ce qui pouvait constituer l’essence de l’identité catholique, et avons vu à cette occasion que le qualificatif de "catholique" était exempt en soi de toute connotation morale subjective, le terme renvoyant simplement à l’appartenance objective et visible de la personne à l’Eglise catholique ; pas plus, pas moins.

Pour objective qu’elle soit, cette appartenance n’est pas extérieure à nous-même : elle implique de notre part une adhésion explicite, consciente et volontaire aux dogmes de la foi catholique : aux articles du Credo, tels que l’Eglise catholique les a compris et explicité dans ses catéchismes successifs ; mais aussi au développement de la Tradition (qui est le déploiement de la Parole de Dieu et de l’intelligence de la foi dans l’Histoire) et du Magistère (qui désigne l’enseignement des Apôtres et des évêques qui leur ont succédé, unis à Saint Pierre et à son successeur sur le siège romain : le Pape).

Notre lectrice, Nathalie, à qui était spécialement dédiée l’article précédent, réplique à nouveau : "Etre baptisé, si je suis ton raisonnement, si cela est un fait objectif, ne suffit donc pas pour faire d'une personne un catholique. Car l'adhésion de la personne concernée est nécessaire. Ce qui, par exemple, me fais demander ceci : faut-il être théologien pour être catholique ? (…) Car, pour adhérer au magistère et à la Tradition, il faut en connaître quelque chose, n'est-ce pas ? Du moins est-ce la logique de la démarche. Autrement dit, est-ce que l'ignorance en matière religieuse peut remettre en question mon titre – ou ma qualité – de catholique ? Cela nonobstant les sacrements que j'ai pu recevoir – baptême, 1ère communion, confirmation, mariage."

Faut-il être théologien pour être catholique ? Sans hésiter, je répondrai… OUI. Encore faut-il s’entendre sur le sens du mot "théologien". La théologie, étymologiquement, désigne un discours sur Dieu, une pensée sur Dieu ("théo" signifiant Dieu, et "logie" la parole, ou la raison, la pensée). Dès lors, le catholique est théologien par nature puisque le Credo qu’il professe est porteur d’une certaine idée de Dieu et de Ses relations avec les hommes. Le catholique croit en un Dieu personnel et Trinitaire ; un Dieu qui s’est fait homme en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre Salut ; un Dieu dont l’Esprit est descendu sur la communauté des disciples (l’Eglise) le jour de la Pentecôte ; un Dieu qui vit avec nous tous les jours et jusqu’à la fin du monde dans son Eglise (cf. Mt 28. 20) et qui se manifeste entièrement en elle et par elle.

Donc : le baptême ne suffit pas. Ou plutôt si : il suffit. Car le baptême n’est pas simplement un sacrement que l’on reçoit un jour du temps ; ce n’est pas seulement un événement du passé, daté et révolu, dont on peut faire mémoire avec nostalgie, en compulsant les pages jaunies d’un album-photo. Le baptême ne se réduit pas à la seule cérémonie religieuse que l’on a célébrée à l’église du coin, avec sa famille rassemblée ; il ne consiste pas dans le seul fait d’avoir reçu à cette occasion un peu d’eau sur le front. Le baptême est fondamentalement un engagement de la personne baptisée : l’engagement de vivre en enfant de lumière selon la foi confessée par l'Eglise, dont nous renouvelons solennellement la profession publique chaque année lors de la vigile pascale, en la nuit de Pâques.

Le baptême est donc inséparable de la confession de foi, de l’affirmation publique de notre attachement à la pensée de l’Eglise catholique sur Dieu et sur la manière de vivre notre relation à Lui. En ce sens, le baptême fait de nous des "théologiens". Cela est si vrai qu’il est impensable aujourd’hui de baptiser un adulte (ou un enfant d’un certain âge) sans qu’il se soumette préalablement à une préparation (le catéchuménat) relativement longue dans la durée, puisqu’elle s’étend en général sur deux années : soit le temps que l’Eglise se donne pour enseigner le catéchumène sur sa théologie et sur ce qu’elle implique dans la vie concrète du baptisé. On ne baptise en vérité dans l'Eglise catholique que des "théologiens" catholiques, c’est-à-dire des personnes qui décident en toute conscience et liberté de faire leur la foi de l’Eglise catholique. "Revêtir le Christ" sous ce rapport signifie donc aussi revêtir le vêtement blanc de l’Eglise, de sa doctrine de vérité et de Salut qui lui vient du Christ et qu’elle a pour mission d’enseigner aux nations (cf. Mt 28. 18-20 ; Ac 4. 2 ; etc.)

Bien sûr, ce que nous disons là du baptême ne concerne pas les petits enfants, qui sont baptisés à un âge où ils n’ont pas encore conscience de ce qu’ils font. Mais ceux-ci sont portés par le libre engagement de leurs parents de les éduquer dans la foi catholique ; et parvenus à l’âge de la claire conscience et de la libre volonté, ils seront invités à ratifier personnellement l’engagement baptismal pris pour eux par leurs parents, et à s’approprier la théologie catholique telle qu’elle se trouve résumée dans le Symbole des Apôtres ou le Credo de Nicée-Constantinople. Un catholique ne peut donc faire l’économie de la libre adhésion à la pensée théologique de l’Eglise catholique et à la vie qui en découle. C’est cet acte de libre volonté à l'égard de la théologie catholique qui me va me constituer comme "catholique" ; c’est mon rapport aux dogmes de la foi catholique qui va me situer objectivement dans mon appartenance confessionnelle.

La formation théologique impliquée par le baptême et qui en est ordinairement l’une des conditions, est rendue plus nécessaire encore par le sacrement de Confirmation. Le Sacrement de Confirmation est en effet le Sacrement par excellence de l’envoi en mission. L’Esprit Saint nous est donné afin que nous témoignions du Christ ressuscité au monde entier ; afin que nous soyons en mesure de rendre compte de notre foi à quiconque nous demandera raison de l’espérance qui nous habite (cf. 1 P 3. 15). La Mission nous invite à entrer en dialogue avec les hommes de notre temps, et à confronter notre pensée "théologique" avec les différentes conceptions de nos contemporains (sur la vie, l'amour, la mort ; l’homme, la société, les rapports de celle-ci avec le fait religieux, etc.). Pour que cette mission ne tourne pas au bourrage de crâne (l’annonce "marteau-pilon") ou au dialogue de sourd ("à chacun sa foi"), il est essentiel de rejoindre les hommes là où ils se trouvent, et de leur porter la lumière de l’Evangile sur les chemins enténébrés où ils peuvent se trouver englués.

Par exemple, à quelqu’un qui défend l’avortement ou l’euthanasie, il ne suffira pas de lui clamer : "Christ est ressuscité, convertis-toi mon frère" ! Il faudra aussi lui dire notre conception de l’homme, et lui faire entendre la position de l’Eglise sur ces sujets-là – ce qui implique de la connaître. De même, à celui qui nie la divinité de Jésus ou sa naissance virginale dans le sein de Marie, il faudra être en mesure de lui opposer les arguments qui sont ceux de l’apologétique catholique depuis plus de deux mille ans. Autrement, nous ne serions pas fidèles à notre mission. Non pas que la conversion des hommes dépende de l’échange d’arguments rationnels ; mais notre témoignage consiste aussi à dire à nos contemporains la manière dont l’Eglise de Jésus-Christ – et partant, Jésus-Christ lui-même – voit l’homme et son rapport à Dieu et au monde. Aux hommes qui nous interrogent à partir de leurs préoccupations et de leur mode de pensée, il faut apporter une réponse qui fasse sens pour eux, et qui soit porteuse en elle-même de la lumière de l’Evangile. Ce qui implique un effort de formation dont l’exigence ne s’éteint pas avec baptême, mais s’accroît tout au contraire avec la Confirmation, et a vocation à se poursuivre tout au long de notre vie. Nous avons tous ainsi le devoir impérieux de hisser nos connaissances spirituelles et religieuses au même niveau que nos connaissances profanes. Il n’est pas normal qu’un polytechnicien ou un énarque ait un niveau CP en catéchisme !

Cela dit, nous ne saurons jamais tout sur tout. Nous serons toujours en deçà de ce que le Seigneur nous demande. Nous serons toujours des ignorants de la foi, en ce sens que ce que nous ignorons sera toujours infiniment supérieur à ce que nous savons. Il ne faut pas s’en affliger ni s’en s’inquiéter : il faut simplement travailler, sûr que ce travail portera ses fruits, ne serait-ce que dans notre cœur. A l'inverse, nous devons être convaincus que la paresse intellectuelle peut nous porter un grave préjudice. A défaut d’avoir labouré notre cœur avec la bonne semence de l’enseignement salvifique du Christ, nous risquons d'être fragilisés et vulnérables face au scepticisme ambiant, au relativisme de notre société et à l’athéisme de nos contemporains. L’ignorance religieuse (dans la limite imposée par les exigences intrinsèques au baptême dont j’ai parlé plus haut) ne nous disqualifie certes pas en droit de notre titre de "catholique" ; mais elle peut nous le faire perdre en fait par la contamination progressive de notre pensée par celle du monde, avec le venin du soupçon dont elle est porteuse. Autrement dit : je peux perdre la foi si je ne prends pas soin de la petite graine du Salut qui a été déposée en moi le jour de mon baptême. Comme une plante, le développement de ma foi dépendra du soin dont je l’aurais entouré.

"Un peu de science nous éloigne de Dieu, disait Louis Pasteur ; beaucoup nous en ramène". Pour croire solidement, durablement et fidèlement, il me faut donc un surcroît de science et d'intelligence ; il me faut travailler, "bûcher" ma foi comme aime à dire le Père Guy Gilbert : c’est-à-dire "bûcher" la Parole de Dieu ; "bûcher" le Magistère catholique sur tous les sujets sur lesquels je suis interpellé ; "bûcher" mon catéchisme. Ce qui est certainement plus facile aujourd’hui qu’à une certaine époque, de par l’essor d’Internet qui offre aujourd’hui diverses manières simples et variées de se former : que ce soit par les blogs ou les enseignements disponibles en ligne (cf. les Cours Alpha, les sites qui proposent des cours en libre écoute ou une initiation à la théologie, et tant et tant d’autres possibilités).

Cela dit, je pense que rien ne remplacera les livres ou les revues (songeons à Famille Chrétienne, Feu et lumière, Il est vivant!...). Un catholique qui a un certain niveau de diplômes (et je pense que c’est le cas de la plupart des lecteurs de ce blog) doit lire. C’est dans le travail intellectuel qu’un Paul Claudel ou un saint Curé d’Ars (dont la bibliothèque contenait plus de 400 livres) trouvaient les aliments vitaminés de leur foi.

Et si nous allions rendre une prochaine visite à la librairie religieuse la plus proche de chez nous ? 😊


Discussion avec un lecteur suite à la publication de cet article

vendredi 1 mars 2019

D'où vient qu'il y ait du beau dans l'univers? - Dialogue avec un lecteur

Suite à mon article-réponse "D'où vient qu'il y ait du beau dans l'univers?", mon interlocuteur Miky me répond.

Commentaire n°1 posté par Miky

Cher Matthieu,

Au fond, je crois que nous ne nous étions pas compris concernant ta démarche. Ton article est donc éclairant car il permet de préciser cette dernière.

Je crois aussi que notre différence principale réside en ceci : je ne crois pas que l'Être absolu soit un être. Il me semble que le penser, cela revient à commettre une erreur de catégorie : l'étalon qui sert à mesurer ne peut pas en même temps être un objet que l'on mesure...

Réponse au Commentaire n°1

Cher Miky,

Il ne s’agit pas de "mesurer" l’être, mais de constater son existence, tout simplement. L’Être absolu est nécessairement un être, car par définition, il est seul… et il EST.

Commentaire n°2 posté par Miky

Comme le Bleu absolu n'est pas nécessairement un objet bleu en particulier, l'Amour absolu n'est pas nécessairement quelqu'un qui aime. De même, l'Être absolu n'est pas nécessairement un être. Quant à mon discours sur la mesure, tu l'as hélas pris au sens propre, alors qu'il s'agissait d'une analogie pour te faire comprendre ma pensée...

Réponse au Commentaire n°2

"L'Amour absolu n'est pas nécessairement quelqu'un qui aime." Mais son existence implique nécessairement Quelqu’un qui aime. Car il n’est pas d’Amour absolu sans Quelqu’un qui aime. L’Amour absolu est donc indissociablement lié à l’être de Celui qui aime, sans lequel il n’existerait pas.

Mais si l’Amour absolu est tout en entier relatif à Celui qui aime, autant dire alors qu’il n’est pas… absolu, ou qu’il n’est absolu que dans la mesure où il est l’Amour de l’Être absolu ! Il s’identifie donc à Celui qui aime – ce que confirme la Révélation divine lorsqu’elle nous dit que "Dieu EST Amour " (1 Jn 4. 8).

Commentaire n°3 posté par Miky

"Mais son existence implique nécessairement Quelqu’un qui aime. Car il n’est pas d’Amour sans Quelqu’un qui aime. L’Amour absolu est donc indissociablement lié à l’être de Celui qui aime, sans lequel il n’existerait pas."
Mais l'Amour absolu, le Bleu absolu, l'Être absolu, n'existent pas, justement. Ils n'existent pas au sens où tel être aimant existe, telle chaise bleue existe, tel être particulier existe. Quand je dis d'une chose qu'elle existe (au sens de l'existence censée être donnée par Dieu), je veux dire par là qu'elle est située dans l'espace-temps-matière. Dieu est censé, d'après les chrétiens, faire en sorte que parmi toutes les essences possibles, certaines existent. Parmi tous les univers possibles, notre univers existe, et cela est dû, d'après les chrétiens, à l'acte créateur de Dieu. Dieu ne créé pas les essences elles-mêmes, puisqu'il EST ces essences (par exemple, Il EST l'Amour). Or, tout ce qui est consubstantiel à Dieu ne peut pas être créé par Dieu.

"Mais si l’Amour absolu est tout en entier relatif à Celui qui aime, autant dire alors qu’il n’est pas… absolu, ou qu’il n’est absolu que dans la mesure où il est l’Amour de l’Être absolu ! Il s’identifie donc à Celui qui aime – ce que confirme la Révélation divine lorsqu’elle nous dit que "Dieu EST Amour" (1 Jn 4. 8)."
Exact. Mais si l'Amour est quelque chose que Dieu EST, alors il ne peut pas être en même temps quelque chose que Dieu A. On ne peut pas se posséder soi-même !

Par ailleurs, un point intéressant à noter : l'Amour est une abstraction, un universel. Si Dieu EST Amour (ce que je pense, enfin je préfère dire l'Être ou l'Absolu que ce mot de Dieu qui fait penser à un "super-bonhomme avec des super-pouvoirs"), Dieu est donc également une abstraction, un universel.

Si tu es d'accord avec cela : Dieu/l'Absolu/l'Être est une abstraction, un universel, et "existe" (avec des guillemets) en tant qu'abstraction, universel, et non pas en tant que particulier tel un dieu gréco-romain, alors on est d'accord sur pas mal de choses finalement.

Réponse au Commentaire n°3

"Mais l'Amour absolu, le Bleu absolu, l'Être absolu, n'existent pas, justement. Ils n'existent pas au sens où tel être aimant existe, telle chaise bleue existe, tel être particulier existe."
Je ne crois pas que l’on puisse tout mettre sur le même plan : le bleu absolu n’existe pas en tant que tel, OK. Mais l’Amour absolu, lui, existe possiblement (à une double condition : que l’Être absolu existe et qu’il soit aimant). Quant à l’Être absolu, il existe nécessairement (cela, la raison humaine peut le savoir certainement) ; tout simplement parce que si l’Être absolu n’existait pas, aucun être n’existerait : il n’y aurait ni êtres aimants, ni chaises bleues, ni êtres particuliers… Rien. L’essence des êtres ne pouvant provenir du néant, elle ne peut s'originer que dans un être premier (et réellement existant) qui n'est pas l’univers (puisque l’univers n’est pas éternel – donc pas absolu) ; qui est autre que l’univers, qui le transcende. 

"Quand je dis d'une chose qu'elle existe (...), je veux dire par là qu'elle est située dans l'espace-temps-matière."
Mais c’est bien là le problème Miky. Tu pars du principe que l’Univers en son espace-temps-matière est le seul être existant – que tout le réel existant est englobé dans cet espace-temps-matière. Mais c’est là un préjugé que rien ne justifie dans la réalité positive. L’univers ne possède pas en lui-même les caractères ontologiques de l’Être absolu (l’éternité, l’infinité, l’immutabilité…). Rien n’exclut donc a priori, comme tu le fais, l’existence d’un autre Être que l’Univers qui posséderait en lui-même tous ces caractères. Non seulement rien ne l’exclut, mais la raison humaine le postule nécessairement, car si l’Être absolu tombe, toute la réalité existante tombe aussi… les êtres existants n’ayant plus leur fondement dans l’être, mais dans le néant.

"Dieu ne créé pas les essences elles-mêmes, puisqu'il EST ces essences (par exemple, Il EST l'Amour). Or, tout ce qui est consubstantiel à Dieu ne peut pas être créé par Dieu."
C’est là qu’il faut bien distinguer les choses. Les réalités qui "émanent" de Dieu et qui font UN avec Lui sont consubstantielles à Lui. Elles sont divines par nature et possèdent en elles-mêmes tous les attributs de l’Être absolu : l’éternité, l’infinité, l’immutabilité,… On ne parle pas à leur sujet de "création" mais plutôt "d’engendrement" et de "procession". Ainsi, selon la foi chrétienne, Dieu engendre de toute éternité un Fils, et de leur relation mutuelle procède l’Esprit Saint. Voilà pourquoi Dieu est Amour dans son essence : parce que dans l’Unique réalité divine, il existe un mystère de communion entre trois personnes : l’Aimant (le Père), l’Aimé (le Fils) et l’Amour (le Saint Esprit). Voilà pourquoi l’Amour absolu existe : parce que Dieu existe et que Dieu est Amour.

Maintenant, Dieu créé aussi des essences qui ne sont pas lui – mais qui sont comme un reflet de son Être : les essences de notre espace-temps-matière, l’essence de notre propre être, lesquelles sont nécessairement créées puisqu’elles ne possèdent pas en elles-mêmes les caractères ontologiques de l’Être absolu (l’éternité, l’infinité, l’immutabilité…). Elles ne Lui sont donc pas consubstantielles. (Moi-même, je suis né le 7 septembre 1972, j’ai été conçu 9 mois auparavant, et avant ce moment, je n’existais pas : je ne suis donc pas divin, je ne suis pas consubstantiel à l’Eternel – je suis créé).

"Si l'Amour est qqch que Dieu EST, alors il ne peut pas être en même temps qqch que Dieu A." Dieu ne possède pas l'Amour comme si l'Amour était une chose étrangère à Lui. Il EST l'Amour, de manière substantielle, dans son Être même. Voilà donc pourquoi "celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu" : "puisque l’amour vient de Dieu" (1 Jn 4. 7).