“L’homme n’est qu’un roseau (...) ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu'il sait qu'il meurt [tandis que] l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée (...). Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale." Pascal, Pensées, Fragment 347
mardi 7 mai 2019
lundi 6 mai 2019
L'oeil : une ingénieuse combinaison de mécanismes organiques à la finalité manifeste
Après avoir réfléchi sur le cerveau, sommet absolu de toute la création matérielle, poursuivons notre contemplation de cet étrange animal qu’est l’homme en nous intéressant aujourd’hui à l’un de ses plus fascinants organes (qui ne lui est cependant pas propre) : l’œil.
La fonction de l'œil est de recevoir et transformer les vibrations électromagnétiques de la lumière en influx nerveux transmis au cerveau. L'oeil fonctionne donc comme un appareil photographique.
Le globe oculaire ressemble à une petite balle d'un diamètre de 2,5 cm, d'une masse d'environ 7 grammes et d'un volume de 6,5 cm3. La couche externe, la sclérotique, est une enveloppe de protection. Elle recouvre environ les cinq sixièmes de la surface de l'oeil. Elle donne à l'oeil sa couleur blanche et sa rigidité. La choroïde est une couche vasculaire de couleur noire qui tapisse les trois cinquièmes postérieurs du globe oculaire. Elle est en continuité avec le corps ciliaire et l'iris, qui se situent à l'avant de l'oeil. Elle absorbe les rayons lumineux inutiles pour la vision, elle est très riche en vaisseaux sanguins afin de nourrir les photorécepteurs de la rétine.
La rétine est la couche sensible à la lumière grâce aux photorécepteurs. La rétine possède 2 types de photorécepteurs :
1°) Les bâtonnets : de forme allongée, ils doivent leur nom à leur forme. Ils sont environ 130 millions. Ils se logent à la périphérie, et ont une très grande sensibilité à la lumière, d'où leur capacité à percevoir de très faibles lueurs la nuit (vision de nuit). Ils ont une très faible perception des détails et des couleurs car plusieurs dizaines de bâtonnets ne sont liés qu'à une seule fibre du nerf optique. Ils contiennent une substance chimique appelée rhodopsine ou pourpre rétinien. Quand la lumière frappe une molécule de rhodopsine, celle-ci génère un faible courant électrique. Les signaux ainsi recueillis forment un message qui est transmis aux cellules nerveuses de la rétine.
2°) Les cônes : ils sont environ 5 à 7 millions à se loger dans la fovéa. Leur sensibilité à la lumière est très faible mais leur perception des détails est très grande pour deux raisons : il y a une densité très élevé de cônes dans la fovéa et surtout chaque cône de la fovéa transmet son information à plusieurs fibres du nerf optique. Ainsi, ils ont une très bonne sensibilité aux couleurs (vision de jour).
La cornée est une membrane solide et transparente de 11 mm de diamètre au travers de laquelle la lumière entre à l'intérieur de l'œil. La cornée est privé de vaisseaux sanguins (sinon notre vision serait troublée), elle est donc nourrie par un liquide fluide comme l'eau : l'humeur aqueuse. La cornée contient 78 % d'eau et pour maintenir ce degré d'hydrophilie elle est constamment recouverte de larmes alimentées en continu par les glandes lacrymales et répartis par le battement des paupières. La cornée est la principale lentille de l'oeil, elle assure environ 80 % de la réfraction.
Le cristallin est une lentille auxiliaire molle et composée de fines couches superposées, qui se déforme sous l'action du muscle ciliaire. Il joue le rôle d’un objectif supérieur à tout appareil optique le plus perfectionné, il s’adapte pour la vision à diverses distances grâce à un changement de courbure de ses faces dû à la contraction ou au relâchement du muscle ciliaire.
L'iris (arc-en-ciel en grec) désigne le diaphragme de l'oeil percé en son centre par la pupille. C'est un muscle qui fait varier l'ouverture de la pupille (entre 2,5 et 7 mm) afin de modifier la quantité de lumière qui pénètre dans l'oeil pour éviter l'aveuglement en plein soleil ou capter le peu de rayons la nuit.
Quant à la pupille, il s'agit d'un trou au centre de l'iris qui permet de faire passer les rayons lumineux vers la rétine.
***
"Expliquez l’œil, et je vous fais grâce du reste !" s’exclamait un jour le célèbre zoologiste Pierre-Paul Grassé…
L’œil est un organe qui a fasciné nombre de scientifiques et de théologiens. Ainsi en est-il du révérend anglican, William Paley (1743-1805), qui voyait dans l’œil (si j’ose dire) une preuve éclatante de l’existence de Dieu. Voici quel était son raisonnement.
"Supposez qu’en traversant une lande, je heurte du pied une pierre et qu’on me demande d’expliquer comment il se fait qu’elle se trouvait là. Je répondrais sans doute que, jusqu’à preuve du contraire, elle y était depuis toujours ; et il ne serait sans doute pas très facile de montrer l’absurdité de cette réponse.
"Mais supposez que j’aie trouvé une montre sur le sol et qu’on me demande comment il se fait qu’elle se trouvait en cet endroit ; je pourrais difficilement invoquer la réponse donnée précédemment, c’est-à-dire : "Pour autant que je le sache, elle a sans doute toujours été là." Et l’on peut se demander pourquoi cette réponse ne peut pas être employée dans le cas de la montre aussi bien que dans celui de la pierre. Pourquoi n’est-elle pas admissible dans le second cas, alors qu’elle l’est dans le premier ? La raison en est, et il n’y en a pas d’autre, que lorsqu’on observe de près la montre, nous nous rendons compte (et ce n’est pas le cas pour la pierre) que ces différents organes sont arrangés dans un but, c’est-à-dire qu’ils ont une forme et un agencement qui permettent la réalisation d’un mouvement, celui-ci étant réglé de façon à pouvoir indiquer l’heure au sein de la journée ; et si les différents organes avaient eu une forme ou une dimension différentes de celles qu’ils ont, ou qu’ils aient été positionnés de toute autre manière, ou dans n’importe quel autre ordre que celui qu’ils ont, il n’en aurait résulté aucun mouvement dans la machine, ou bien aucun qui aurait pu répondre à l’usage qui en est à présent fait.
"Décrivons brièvement quelques-uns des organes parmi les plus simples de cette montre, et rappelons-en les fonctions, toutes orientées vers un but unique : nous voyons un boîtier cylindrique contenant un ressort en spirale qui, en tendant à se relâcher, fait tourner l’ensemble du mécanisme (…) ; nous voyons une série de roues dont les dents s’engrènent et transmettent le mouvement de la fusée au balancier, et du balancier aux aiguilles (…) ; nous remarquons que les roues sont en cuivre, afin d’éviter qu’elles ne rouillent (…).
"Ce mécanisme étant observé (…), la déduction, pensons-nous, est inévitable : la montre a nécessairement eu, à un moment ou à un autre, en un lieu ou en un autre, un horloger qui l’a élaborée de façon à ce qu’elle desserve l’objectif que nous la voyons réellement remplir ; qui a compris la façon de la construire ; et qui a conçu son usage".
Paley étend ensuite son raisonnement à l’œil. Il part du constat que l’organisation de l’œil est strictement analogue à celle d’une lunette astronomique :
"Ses tissus et ses humeurs déterminent des structures semblables à celles des lentilles d’un télescope, permettant que se réfractent les rayons lumineux en un point donné, ce qui représente la fonction propre à cet organe ; la distribution des muscles pour que la pupille puisse être orientée vers l’objet regardé rappelle ce qui est obtenu par les vis de réglage d’un télescope (…) ; ces dispositifs forment ensemble un appareil, un système organique, une combinaison de mécanismes, dont la finalité est si manifeste et l’ingéniosité si admirable ; qui atteignent si magnifiquement leur but, qui sont si délicats (…) que, à mon avis, cela fait tomber tous les doutes pouvant être élevés à ce sujet (…)."
Et Paley de conclure que l’agencement des différentes parties de l’œil a nécessairement dû être obtenu selon un processus similaire à celui qui préside à la construction d’un télescope, et qui implique l’intervention d’un créateur intelligent : "S’il n’y avait que l’œil comme exemple au monde d’un agencement répondant à une fin, il suffirait à soutenir la conclusion que nous en tirons, c’est-à-dire la nécessité d’un Créateur intelligent. On ne pourrait jamais l’écarter, car on ne pourrait en rendre compte par aucune autre hypothèse (…). Même si d’autres parties de la nature étaient inaccessibles à nos investigations (…) la validité de cet exemple particulier resterait la même. S’il n’y avait qu’une montre dans le monde, il n’en serait pas moins certain qu’elle a été fabriquée par un artisan (…). Chaque machine est une preuve, indépendamment de tout le reste (…). L’œil le prouve, indépendamment de l’oreille ; l’oreille, indépendamment de l’œil".
Paley considère donc que tous les objets et phénomènes du monde naturel présentant une adaptation des moyens à une fin résultent nécessairement d’un dessein intelligent. Pour lui, "cette conclusion est inévitable".
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dimanche 5 mai 2019
"La grande option du christianisme est l'option pour la rationalité et pour la priorité de la raison"
Après avoir discuté longuement avec Miky sur la question de savoir s’il existait ou non des raisons de croire, et achevé notre observation de l'univers dans sa grandeur et sa profondeur intime, je souhaiterais revenir sur une parole du pape Benoît XVI prononcée à Rome le jeudi 6 avril 2006. Le Saint Père rencontrait les jeunes, place Saint-Pierre, en préparation à la Journée mondiale de la Jeunesse qui avait lieu cette année-là dans les diocèses le dimanche des Rameaux. Au cours de cette rencontre, cinq jeunes ont posé des questions au Pape. Dont la suivante sur le rapport entre la foi et la science – les mathématiques en particulier.
Question de Giovanni : "Saint-Père, je m'appelle Giovanni, j'ai 17 ans, je fais mes études au Lycée scientifique technologique Giovanni Giorgi à Rome et j'appartiens à la paroisse Santa Maria Madre della Misericordia. Je vous demande de nous aider à mieux comprendre comment la révélation biblique et les théories scientifiques peuvent converger dans la recherche de la vérité. Nous sommes souvent conduits à croire que la science et la foi sont ennemies entre elles ; que la science et la technique sont la même chose ; que la logique mathématique a tout découvert ; que le monde est le fruit du hasard, et que si les mathématiques n'ont pas découvert le théorème-Dieu, c'est tout simplement parce que Dieu n'existe pas. En somme, surtout lorsque nous faisons nos études, il n'est pas toujours facile de tout ramener à un projet divin, sous-jacent à la nature et à l'histoire de l'Homme. Ainsi, parfois, la foi vacille ou se réduit à un simple acte sentimental. Moi aussi, Saint-Père, comme tous les jeunes, j'ai soif de Vérité : mais comment puis-je faire pour harmoniser la science et la foi ?"
Réponse du Pape Benoît XVI : "Le grand Galilée a dit que Dieu a écrit le livre de la nature sous forme de langage mathématique. Il était convaincu que Dieu nous a donné deux livres : celui des Saintes Ecritures et celui de la nature. Et le langage de la nature – telle était sa conviction – c’est les mathématiques, qui sont donc un langage de Dieu, du Créateur.
Réfléchissons à présent sur ce que sont les mathématiques : en soi, il s'agit d'un système abstrait, d'une invention de l'esprit humain, qui en tant que tel, dans sa pureté, n'existe pas. Il est toujours réalisé de manière approximative, mais – en tant que tel – c’est un système intellectuel, une grande invention géniale de l'esprit humain.
La chose surprenante est que cette invention de notre esprit humain est vraiment la clef pour comprendre la nature, que la nature est réellement structurée de façon mathématique et que nos mathématiques, inventées par notre esprit, sont réellement l'instrument pour pouvoir travailler avec la nature, pour la mettre à notre service, pour l'instrumentaliser à travers la technique.
Cela me semble une chose presque incroyable qu'une invention de l'esprit humain et la structure de l'univers coïncident : les mathématiques, que nous avons inventées, nous donnent réellement accès à la nature de l'univers et nous le rendent utilisable.
La structure intellectuelle du sujet humain et la structure objective de la réalité coïncident donc : la raison subjective et la raison objective dans la nature sont identiques.
Je pense que cette coïncidence entre ce que nous avons pensé et la façon dont se réalise et se comporte la nature est une énigme et un grand défi, car nous voyons que, à la fin, c'est "une" raison qui les relie toutes les deux : notre raison ne pourrait pas découvrir cette autre, s'il n'existait pas une raison identique à la source de toutes les deux.
Dans ce sens, il me semble précisément que les mathématiques – dans lesquelles, en tant que telles, Dieu ne peut apparaître –, nous montrent la structure intelligente de l'univers.
Certes, les théories du chaos existent également, mais elles sont limitées car si le chaos prenait le dessus, toute la technique deviendrait impossible. Ce n'est que parce que notre mathématique est fiable que la technique est fiable. Notre science, qui permet finalement de travailler avec les énergies de la nature, suppose une structure fiable, intelligente, de la matière. Et ainsi, nous voyons qu'il y a une rationalité subjective et une rationalité objective de la matière, qui coïncident.
Naturellement, personne ne peut prouver – comme on le prouve par l'expérience, dans les lois techniques – que les deux soient réellement le fruit d'une unique intelligence, mais il me semble que cette unité de l'intelligence, derrière les deux intelligences, apparaît réellement dans notre monde. Et plus nous pouvons instrumentaliser le monde avec notre intelligence, plus apparaît le dessein de la Création.
A la fin, pour arriver à la question définitive, je dirais : Dieu existe, ou il n'existe pas. Il n'existe que deux options.
Ou l'on reconnaît la priorité de la raison, de la Raison créatrice qui est à l'origine de tout et le principe de tout – la priorité de la raison est également la priorité de la liberté ;
Ou l'on soutient la priorité de l'irrationnel, selon laquelle tout ce qui fonctionne sur notre terre ou dans notre vie ne serait qu'occasionnel, marginal, un produit irrationnel – la raison serait un produit de l'irrationalité.
On ne peut pas en ultime analyse "prouver" l'un ou l'autre projet, mais la grande option du christianisme est l'option pour la rationalité et pour la priorité de la raison. Cela me semble une excellente option, qui nous montre que derrière tout se trouve une grande intelligence, à laquelle nous pouvons nous fier.
Mais le véritable problème contre la foi aujourd'hui me semble être le mal dans le monde : on se demande comment il peut être compatible avec cette rationalité du Créateur. Et ici, nous avons véritablement besoin du Dieu qui s'est fait chair et qui nous montre qu'Il n'est pas une raison mathématique, mais que cette raison originelle est également Amour.
Si nous regardons les grandes options, l'option chrétienne est également aujourd'hui la plus rationnelle et la plus humaine. C'est pourquoi nous pouvons élaborer avec confiance une philosophie, une vision du monde qui soit fondée sur cette priorité de la raison, sur cette confiance que la Raison créatrice est amour, et que cet amour est Dieu."
samedi 4 mai 2019
vendredi 3 mai 2019
Le cerveau humain : la plus grande merveille dans tout l'univers - Dialogue avec les lecteurs
Suite à la publication de mon article sur "Le cerveau humain : la plus grande merveille dans tout l'univers" sur le blog Totus Tuus, des lecteurs réagissent.
Commentaire n°1 posté par Miky
Salut Matthieu,
Il me semble que tu ressors une nouvelle fois le même argument :
1. Il était vraiment trop improbable que le cerveau humain existe tel qu'il est très précisément.
(2. Eludons le fait qu'il aurait pu exister ou ne pas exister de plusieurs milliards d'autres manières tout aussi improbables...)
3. Si Dieu existe, alors on comprend bien pourquoi le cerveau humain existe, et pourquoi il est exactement comme il est.
(4. Eludons la question de savoir s'il n'est pas éventuellement encore plus extraordinaire que Dieu existe qu'il n'est extraordinaire que le cerveau existe et qu'il soit comme il est)
5. Donc Dieu existe très probablement.
(6. Oublions, pour les besoins de la démonstration, le fait que les raisonnements abductifs (= des effets/symptômes vers la cause, du signe vers la signification...) sont entâchés d'une grande marge d'incertitude).
Réponse au Commentaire n°1
Cher Miky,
Je pense que la réflexion au sujet du fonctionnement conjoint des deux hémisphères de notre cerveau apporte un éclairage utile à la question de savoir s'il convient ou non d'appréhender le réel au moyen des seuls instruments de mesure fournis par la science. J'y vois comme une confirmation par la science elle-même de ce que j'écrivais il y a quelques temps à ce sujet.
Pour le reste, je n'élude pas tes objections, rassure-toi, et je compte bien y répondre. Un peu de patience…
Commentaire n°2 posté par Miky
Cher Matthieu,
J'attends avec impatience ton article en réponse à mes objections. En attendant, je me permets de t'en rajouter une supplémentaire ;-)
Tu dis : "Je pense que la réflexion au sujet du fonctionnement conjoint des deux hémisphères de notre cerveau apporte un éclairage utile à la question de savoir s'il convient ou non d'appréhender le réel au moyen des seuls instruments de mesure fournis par la science."
Outre que des considérations sur le cerveau humain peuvent difficilement appuyer sérieusement une conception épistémologique, je te ferais remarquer, tout d'abord, qu'en un certain sens je suis assez d'accord avec toi sur le fait qu'il ne convient pas d'appréhender le réel au moyen des seuls instruments de mesure fournis par la science : la science permet d'appréhender le réel du point de vue de la vérité, mais d'autres "méthodes" et capacités sont requises pour l'appréhender du point de vue du bien ou du beau par exemple.
Je suis aussi d'accord, en un certain sens, avec toi, pour dire que l'intuition peut contribuer à découvrir la vérité sur le réel. Mais tu n'ignores pas que les deux hémisphères cérébraux sont reliés entre eux, ce qui nous suggère, selon ta démarche, que l'intuition et l'intellect doivent aller de pair. Ainsi, l'intuition permet de trouver des hypothèses originales et innovantes, qu'ensuite une démarche intellectuelle permettra de formaliser et vérifier. L'intuition seule, sans le contrôle de l'intellect, risque de conduire à des hypothèses fausses. L'intellect seul, sans l'intuition, risque de passer à côté de certaines vérités.
Réponse au Commentaire n°2
Cher Miky,
Je me réjouis de ton dernier commentaire! La démarche que tu décris est d'ailleurs tout-à-fait celle de la métaphysique aristotélicienne (que je fais mienne, tu le sais, et qui consiste à raisonner à partir du réel, scientifiquement exploré). Elle légitime par ailleurs cette fameuse "alliance" entre la foi et la raison que tu sembles honnir pourtant.
Là où nous paraissons vraiment en discordance, Miky, c'est sur la juste portée qu'il convient d'accorder au raisonnement métaphysique.
Car si je te suis bien, seul ce qui est objet de science peut être objet de connaissance certaine. Le raisonnement logique ne serait à tes yeux que pure spéculation, stimulante certes sur le plan intellectuel, mais inefficace à nous en dire plus sur le réel que les sciences expérimentales.
C'est ce que tu m'écrivais récemment sur ton blog en commentaire de ton article sur la métaphysique expérimentale, en affirmant "ne pas rejeter a priori toute démarche métaphysique, mais contester qu'une telle démarche puisse fournir une connaissance universellement et objectivement valable (...). Pour moi, la métaphysique ne dit pas le réel, elle dit une certaine vision du monde."
J'essaierai de te démontrer que l'homme au contraire peut accéder à la plénitude de la vérité au moyen de sa raison spéculative, et qu'à l'inverse, cette vérité dans sa plénitude lui est irrémédiablement scellée s'il ne tient pour vrai que ce qui est démontrable scientifiquement.
Commentaire n°3 posté par Miky
Attention Matthieu : que le raisonnement logique, appliqué à la connaissance, permette d'en inférer de la connaissance ou du moins une croyance raisonnable, je ne le nie pas. Le problème c'est que les raisonnements que tu utilises pour justifier la croyance en Dieu ne sont justement pas logiquement valides, d'un point de vue formel. Je te l'ai dit, le raisonnement abductif doit être manié avec précaution, c'est la forme de raisonnement la moins sûre. Ainsi, on peut avoir mal à la gorge, avoir des courbartures, et avoir de la fièvre sans que ce soit le virus de la grippe qui en soit responsable.
Réponse au Commentaire n°3
Certes Miky, mais si tu as mal à la gorge, que tu as des courbatures et une forte fièvre, il est raisonnable de penser que tu es malade.
Et ce raisonnement rationnel, logique, qui part de l'observation du réel, me paraît tout à fait convenable pour être accueilli par tous, de manière objective et universelle.
Commentaire n°4 posté par Miky
Certes Matthieu, mais lorsque, ayant mal à la gorge, de la fièvre et des courbatures, je dis que je suis malade, je n'ajoute rien à ces symptômes, je les fais juste correspondre à une définition. Lorsque, de l'état de la nature, tu dis que c'est Dieu qui la créé, tu rajoutes un élément.
Réponse au Commentaire n°4
Mais toi aussi Miky tu rajoutes un élément! Tu rajoutes le concept de "maladie", beaucoup plus riche dans son contenu que les seuls symptômes observés. Mais tu le fais selon un raisonnement logique et rationnel qui te conduit naturellement à cette notion. Alors viendra, dans une deuxième étape, le temps de la recherche de la nature précise de cette maladie, et de son nom.
Commentaire n°5 posté par Miky
Le concept de maladie, s'il est plus riche que les symptômes observés, les contient néanmoins dans son extension. C'est-à-dire qu'être malade, c'est, par exemple, avoir mal à la gorge. Ce concept, du reste, préexiste à la constatation de ces symptômes, il n'en dérive pas. Je sais déjà que les maladies existent avant d'observer mon mal de gorge.
Dans le cas de Dieu, le concept de Dieu n'implique ni qu'il créé le monde, ni qu'il le créé tel qu'on l'observe effectivement. En outre, je ne sais pas si Dieu existe avant d'observer la nature... et en bonne logique, je ne le sais pas non plus après :-) (ni même imparfaitement)
Admettons cependant que le concept de Dieu implique la création d'un monde tel qu'on le connaît. Ce concept implique également (et beaucoup plus sûrement) des tas de choses que personne n'observera jamais. Pourquoi donner foi à toutes ces implications inobservables ?
Si je créé un concept X tel que ce concept implique l'existence du monde tel qu'on le connaît (M) et rien d'autre qui ne soit pas observable, ce concept n'est-il pas une meilleure explication que le concept de Dieu ?
Mais si X => M (causalité), qu'il n'existe pas de Y différent de M tel que X => Y (on coupe au rasoir d'Occam toute implication inobservable donc inutile à rendre compte de M), et si, comme tu le soutiens, M => X (théologie naturelle). On a alors M <=> X. Le monde tel qu'on le connaît est sa propre explication métaphysique. Alors bien sûr, entre l'équivalence et l'identité numérique, il y a un pas. Mais en pratique, on considère comme numériquement identique ce qui s'équivaut parfaitement. Ex. : la chaleur et l'énergie cinétique moyenne. Ce pas, si on n'est pas obligé de le franchir, peut toutefois être accompli aisément et sans scrupule.
Réponse au Commentaire n°5
"Le concept de maladie, s'il est plus riche que les symptômes observés, les contient néanmoins dans son extension. C'est-à-dire qu'être malade, c'est, par exemple, avoir mal à la gorge. Ce concept, du reste, préexiste à la constatation de ces symptômes, il n'en dérive pas. Je sais déjà que les maladies existent avant d'observer mon mal de gorge."
Oui, mais le concept de maladie s’est forgé dans l’intelligence humaine lorsque des hommes en ont fait l’expérience. Il s'agit bien d'un concept dérivé du réel. Si je sais, moi, aujourd’hui, que les maladies existent avant d’éprouver mon mal de gorge, c’est parce que d’autres avant moi ont éprouvé le même mal et ont façonné à partir de là le concept de maladie – auquel on aura recours dès que certains symptômes manifestant une santé déficiente se feront jour. Tu n'aurais aucune idée de la maladie dans un monde où jamais personne ne tombe malade.
Eh bien : de même que les symptômes que tu décris nous révèlent que ton sujet est malade, de même, ce que nous savons aujourd'hui de l'univers nous révèle sa radicale contingence.
Eh bien : de même que les symptômes que tu décris nous révèlent que ton sujet est malade, de même, ce que nous savons aujourd'hui de l'univers nous révèle sa radicale contingence.
Autrement dit, l'univers ne peut pas raisonnablement constituer "sa propre explication métaphysique". Car la contingence appelle la nécessité - puisqu'elle en procède nécessairement. Si l'univers est contingent - ce que nous révèle l'étude des sciences de l'univers -, il n'est pas l'être nécessaire. Et s'il n'est pas l'Être nécessaire - qui existe nécessairement, sans quoi il n'y aurait pas d'être contingent - , c'est que l'Être nécessaire est autre que l'univers. Affirmer que l'univers constitue "sa propre raison métaphysique" revient à confondre contingence et nécessité - ou à proclamer la nécessité de la contingence, ce qui est absurde (car contraire au principe d'identité). En outre, cela revient à dire que l'intelligence que nous observons dans la nature... est l'intelligence de la Nature elle-même! Cela constituerait un formidable bon en arrière - un retour au bon vieux panthéisme cosmique de Parménide et Héraclite. Tu as parfaitement le droit d'être panthéiste Miky si cela te chante. Mais il faut alors avoir l'honnêteté de reconnaître que tu n'es pas athée, car le panthéisme est une croyance religieuse.
Commentaire n°6 posté par Miky
Cher Matthieu,
Il me semble que ce que les sciences positives nous enseignent de l'univers ne permet pas de trancher entre les deux hypothèses : "intelligence DANS la nature" ou "intelligence DE la nature", puisque une éventuelle intelligence hors de la nature qui viendrait se transposer simplement à cette dernière n'est tout simplement pas observable par les sciences positives !
Il me semble que ce que les sciences positives nous enseignent de l'univers ne permet pas de trancher entre les deux hypothèses "Univers contingent" ou "Univers nécessaire". Il n'est pas dans leurs compétences de nous dire quoi que ce soit sur ce qu'en philosophie on appelle la modalité (c'est-à-dire le possible et le nécessaire), sauf bien entendu si on relativise cette modalité à l'intérieur du cadre de référence des lois physiques (il n'est pas possible qu'un objet décolle du sol sans être mû par une force, à cause de la gravité) ou plutôt de ce qu'on en connaît. Mais concernant le possible et le nécessaire métaphysique, elles sont impuissantes. Il est possible que l'univers nous paraisse contingent, mais cela peut être une impression fautive. L'univers pourrait bien être nécessaire malgré tout. Le crayon dans le verre d'eau a l'air cassé, mais c'est une impression fautive. Elle s'explique par la réfraction.
J'ajoute que rien n'empêche de supposer que notre univers, fini dans le temps et l'espace, et en devenir, soit "plongé" dans un super-univers spatio-temporellement infini et immuable.
Réponse au Commentaire n°6
Cher Miky,
Sur ta dernière remarque : tu as parfaitement le droit de le penser, mais reconnaît qu'il s'agit là d'un pur acte de foi qui ne repose sur aucune observation scientifique, ni sur aucune expérience.
Je suis d'accord avec toi pour dire que la science n'a pas pour objet de trancher la question philosophique de la cause première de l'intelligence observée dans la nature. Si Darwin avait pu te lire... Mais nous faisons ici de la métaphysique, Miky. Pourquoi vouloir à nouveau réduire le réel à ce que l’on peut en dire du seul point de vue scientifique ? Crois-tu pouvoir obtenir l’intelligence complète d’une toile de maître en considérant seulement les matériaux avec lesquels elle a été fabriquée (peinture, toile, pinceaux…). N’y a-t-il rien d’autre à dire du réel observé que ce qui en est directement perceptible par les sens, mesurable, calculable ?...
Il nous faut trancher la question de la cause première de l’intelligence présente dans la nature. Or, ce que la science observe du monde suffit amplement, me semble-t-il, à mettre sérieusement l'athéisme en difficulté - c'est un euphémisme. Si en effet l'athéisme est vrai, cela veut dire que l'univers est le seul être, l'être absolu (au sens étymologique du terme : "délié de toute relation de dépendance"), et qu'il n'y en a pas d'autre. Il a sa cause métaphysique en lui-même, ainsi que tu l'écrivais plus haut, et en nul autre que lui. Cela implique donc nécessairement qu'il n'ait pas eu de commencement, et qu'il existe de toute éternité, puisqu'on voit mal comment l'être absolu pourrait se donner l'être tout seul. Pour pouvoir se donner l'être, il faudrait déjà qu'il soit. Or, par définition, avant qu'il soit, il n'était pas.
Il nous faut trancher la question de la cause première de l’intelligence présente dans la nature. Or, ce que la science observe du monde suffit amplement, me semble-t-il, à mettre sérieusement l'athéisme en difficulté - c'est un euphémisme. Si en effet l'athéisme est vrai, cela veut dire que l'univers est le seul être, l'être absolu (au sens étymologique du terme : "délié de toute relation de dépendance"), et qu'il n'y en a pas d'autre. Il a sa cause métaphysique en lui-même, ainsi que tu l'écrivais plus haut, et en nul autre que lui. Cela implique donc nécessairement qu'il n'ait pas eu de commencement, et qu'il existe de toute éternité, puisqu'on voit mal comment l'être absolu pourrait se donner l'être tout seul. Pour pouvoir se donner l'être, il faudrait déjà qu'il soit. Or, par définition, avant qu'il soit, il n'était pas.
Aussi, de deux choses l'une : ou bien l'univers est l'être absolu, au sens où je l'ai défini plus haut, ou bien il ne l'est pas. Mais s'il l'est, il existe donc par hypothèse de toute éternité et pour l'éternité.
Le problème est que l'astrophysique est en train de prouver le contraire - d'où ta tentative un peu désespérée de sauvegarder l'éternité de l'univers en affirmant que notre univers serait possiblement "plongé dans un super-univers spatio-temporellement infini et immuable" - ce qu'il conviendrait de penser, car comment rendre compte de cette "chute" de l'éternel dans la durée?
Par ailleurs, l'être absolu par définition ne vieillit pas, ne s'use pas, ne se dégrade pas de manière irréversible – il est immuable. Or, l'on sait aujourd'hui que l'univers est un système dans lequel toutes les compositions physiques vieillissent, s'usent et se dégradent de manière irréversible – et qu’un jour, lorsque l’expansion de l’univers aura achevé sa course et que toutes les étoiles seront éteintes, l’univers en son entier deviendra un gigantesque cadavre cosmique.
La vérité, c'est que l'athéisme, qui ne peut admettre ni le commencement de l'univers (que l'astrophysique est en train d'établir), ni son évolution (qui est pourtant le fait le plus universellement constaté), ni son irréversible usure et vieillissement (qui est pourtant inéluctablement programmée), est devenu une position intenable philosophiquement.
On peut décider d'être athée si l'on veut, mais il faut bien avoir conscience que l'on choisit alors une option en contradiction flagrante avec ce que les sciences positives nous enseignent de l'univers.
Commentaire n°7 posté par Bruno
Le deuxième principe de la thermodynamique montre que l'Univers (en tant que système fermé) aura une fin. Il a donc eu un commencement, et n'est pas éternel.
Il ne peut donc être l'Etre absolu.
L'Être absolu est nécessaire et éternel : on lui donne habituellement le nom de Dieu, ou YHVH: "je suis celui qui suis".
Quant à ses caractéristiques - les caractéristiques de Dieu - il faut lire les livres de l'ancienne alliance, connus aussi sous le nom d'Ancien Testament, ainsi que les témoignages de ceux qui ont connu le Christ - les Evangiles (cf. Nouveau Testament, ou Livres de la Nouvelle Alliance).
Donc la science prouve Dieu [plus exactement, la science
philosophique prouve Dieu au moyen des connaissances acquises par les sciences
positives. NDLR], et la foi (ou la Révélation) indique ce qu'il faut penser de Dieu, ce qu'il faut "croire". Il y a le "je sais que Dieu existe" et "je crois que ..."
Elémentaire pour un esprit rationnel et scientifique qui part des faits et qui utilise la logique.
Elémentaire pour un esprit rationnel et scientifique qui part des faits et qui utilise la logique.
jeudi 2 mai 2019
mercredi 1 mai 2019
Marie, médiatrice et co-rédemptrice... avec toute l'Eglise!
En ce premier jour du mois de mai, mois de Marie - le plus beau mois de l'année - je vous présente un article initialement publié sur le blog Totus Tuus en réponse à l'un de mes lecteurs évangéliques (Stéphane) qui m'avait adressé, sous la forme d'un commentaire, une violente diatribe contre la dévotion mariale des catholiques.
Cher Stéphane,
Ton allergie à la Vierge Marie me rappelle de longues discussions avec un ancien collègue de travail protestant qui n'admettait pas l'idée qu'il puisse y avoir d'autre médiateur entre Dieu et les hommes que Jésus-Christ lui-même.
Il s'appuyait ainsi sur cette parole de la première Epître de Saint Paul à Timothée : "En effet, il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous les hommes." (1 Tm 2. 5)
L'expression de "Marie médiatrice" ou pis, de "Marie co-rédemptrice", le faisait sursauter et provoquait systématiquement de vives réactions de sa part.
Mais, lui répondis-je un jour : n’as-tu pas l’impression, lorsque tu annonces Jésus-Christ comme unique Médiateur entre Dieu et les hommes, de te comporter toi-même… en médiateur entre le monde encore plongé dans les ténèbres de l'ignorance et du péché, et son unique Sauveur ?
Comment se passer en effet de la médiation des hommes pour connaître Jésus-Christ, l'Unique médiateur entre Dieu et les hommes ? La foi naît d’une parole entendue, écrit l’apôtre Paul (Romains 10. 14-17) : "Comment invoquer le Seigneur sans avoir d'abord cru en lui ? Comment croire en lui sans avoir entendu sa parole ? Comment entendre sa parole si personne ne l'a proclamée ? Comment proclamer sans être envoyé ? C'est ce que dit l'Écriture : Comme il est beau de voir courir les messagers de la Bonne Nouvelle ! (…) C'est donc que la foi naît de ce qu'on entend ; et ce qu'on entend, c'est l'annonce de la parole du Christ."
Il n'est donc pas juste d’affirmer que nous n’avons pas besoin des hommes pour connaître Dieu. Tu ne connaîtrais pas Jésus-Christ, Stéphane, si personne ne t’en avait parlé. Ce sont des médiations humaines qui t’ont conduit à lui, à moins que tu aies bénéficié d’une apparition directe et particulière, ce qui n’est pas le moyen ordinaire que le Seigneur emploie pour se révéler.
Sans l’Eglise, personne n’aurait jamais entendu parler de Jésus-Christ, Fils de Dieu envoyé par le Père pour le Salut du monde.
Sans la médiation de Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul, Pierre, Jacques… il n’y aurait pas eu de Nouveau Testament.
Sans médiation humaine, il n’y aurait pas de Bible du tout, car la Bible n’est pas un aérolite descendu du Ciel, mais un Livre (une bibliothèque en fait) écrite de mains d’hommes, sous l’inspiration du Saint Esprit de Dieu.
Il a donc fallu de multiples interventions humaines pour que les textes sacrés nous parviennent en leur forme actuelle, comme il en a fallu encore pour discerner parmi les nombreux écrits contemporains des livres canoniques ceux qui sont inspirés et ceux qui ne le sont pas (les apocryphes).
Et il a fallu aussi la médiation de Marie pour que la Parole de Dieu se fasse chair. Sans l’acquiescement de la Vierge à la parole de l’Ange, Jésus-Christ ne serait pas né. C’est en ce sens d’abord que Marie est co-rédemptrice. C’est par elle - par un acte de sa libre volonté - que le Salut est entré dans le monde, comme ce fut par Eve - par un acte de sa libre volonté - que le péché est entré dans le monde. Jésus-Christ est ainsi le Nouvel Adam, Principe de la Nouvelle Création, et Marie, préfigurant l’Eglise toute entière, la Nouvelle Eve.
Tout cela ne remet nullement en cause la vérité que tu as bien raison de proclamer sur tous les toits, à savoir que Jésus-Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, l’unique Rédempteur, et qu’il n’y a pas d’autre nom par lequel nous puissions être sauvés : "En dehors de lui, il n'y a pas de salut. Et son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver." (Actes 4.12)
Mais ceci posé, de même qu’il a fallu de multiples médiations humaines pour que la parole de Dieu raisonne à nos oreilles d’homme et touche nos coeurs, de même qu’il a fallu la médiation de Marie pour que l’unique Sauveur des hommes vienne au monde, il faut maintenant la médiation de l'Eglise pour que la Bonne nouvelle du Salut offert par Dieu en Jésus-Christ parviennent aux extrémités du monde. "Allez dans le monde entier, dit Jésus à ses disciples avant de partir vers son Père. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création". (Mc 16. 15) Sans cette proclamation, sans cette "parole entendue", les hommes (et c’est terrible à dire) ne pourront accueillir leur Sauveur par la foi, et le salut du monde ne pourra se réaliser.
"De même que le Père m’a envoyé [et institué, pourrait-on dire, unique médiateur entre le Ciel et la Terre], moi aussi, je vous envoie [et vous institue à mon tour uniques médiateurs entre le Monde et son Unique Sauveur]" (Jn 20. 21). Il nous faut prendre au sérieux cet envoi. Il manifeste la grandeur de l’homme à qui est donné, par Jésus-Christ lui-même, le pouvoir de participer à l’oeuvre divine de Rédemption du monde. Par lui, avec lui et en lui, nous sommes médiateurs et co-rédempteurs du monde. C’est ce que suggère Saint Paul lorsqu’il écrit en Colossiens 1. 24 : "J’achève en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Eglise".
Le salut du monde dépend donc en un sens tout autant du sacrifice volontaire du Fils, que de la proclamation de l’Evangile par l’Eglise,… et par la Vierge Marie, la "Reine des Apôtres". Sur tous les lieux d’apparitions de par le monde, elle joint sa voix à celle de l’Eglise pour proclamer, ainsi que tu le fais fort bien, Stéphane : "Jésus-Christ est Seigneur, il est l’unique Sauveur des hommes, tournez-vous vers lui et vous serez sauvés". Partout où Marie se manifeste dans son corps glorieux, des foules viennent et se convertissent par millions… à Jésus-Christ et à son Eglise.
La mission que la Vierge Marie tient du Seigneur est donc celle de toute l’Eglise : conduire l’humanité à son Unique Sauveur. En ce sens, elle est médiatrice et co-rédemptrice. Avec toute l’Eglise.
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